Publication de l’ouvrage "La publicité contre la planète ?"
Cet ouvrage met à disposition d'un public large le résultat de nos travaux et lui offre des clés de compréhension dans les débats politiques en cours sur la régulation de la publicité.
Le 26 mars, Communication et démocratie et l'Institut Veblen réunissaient auteurs, expert·e·s et acteurs de la communication pour le lancement de l'ouvrage « La publicité contre la planète ? Réguler pour une consommation soutenable et une information indépendante ». La table-ronde a permis d'examiner les leviers concrets d'une régulation devenue, pour les intervenants, une nécessité politique.
À l'occasion de la sortie du livre « La publicité contre la planète ? Réguler pour une consommation soutenable et une information indépendante », écrit par Renaud Fossard en collaboration avec Olivier Petitjean et publié aux Éditions Charles Léopold Mayer, Communication et démocratie (CODE) et l'Institut Veblen ont organisé le 26 mars une table-ronde à l'Académie du climat (Paris) pour prolonger et approfondir les réflexions autour des enjeux abordés par l'ouvrage. Ouvert par Mathilde Dupré, présidente de CODE et co-directrice de l'Institut Veblen, et animé par Olivier Petitjean, co-auteur du livre et journaliste, l'événement a rassemblé une cinquantaine de participant·es autour de trois intervenant·es :
Cet ouvrage est le fruit d'un cheminement de plusieurs années, synthétisant les connaissances disponibles sur le sujet et les voies pour aller de l'avant. La création de Communication et démocratie en 2021, association née de la déception suscitée par la loi Climat et Résilience, en constitue une première étape fondatrice. Vient ensuite, en 2022, le rapport « La communication commerciale à l'ère de la sobriété », produit en collaboration avec l'Institut Veblen, qui a permis de passer une étape importante dans le débat et ouvert un dialogue constructif avec les pouvoirs publics, faisant alors émerger, progressivement, un consensus sur les effets de la publicité. Dans les mots de l'auteur de l'ouvrage, le diagnostic partagé est le suivant : « surconsommation » (+ 5,3 % sur 30 ans en France) et « malconsommation » (principales dépenses concentrées sur des produits néfastes) sont largement alimentées par les pratiques publicitaires. Comme le rappelle Renaud Fossard « aujourd'hui, la publicité n'est pas innocente ».
Une fois ce diagnostic posé, il s'agit d'y répondre de manière à aller de l'avant. Renaud Fossard formule une programme articulant 4 grandes recommandations (dont les 3 premières sont fortement basées sur les travaux de CODE) :
Le levier de l'évolution des modes de consommation individuelle représente 20 à 25 % des objectifs de la planification écologique à atteindre. Pourtant comme le souligne Louise Siwertz, bien que la publicité se trouve au cœur des comportements de consommation des ménages, il n'existait pas, jusqu'à récemment, de consensus sur le rôle prioritaire des politiques de régulation de la publicité. En effet, face à une stratégie assumée des pouvoirs publics de soutien de l'offre et de la demande, l'enjeu de travailler sur l'évolution de la demande de consommation restait dans une impasse, y compris malgré le positionnement des questions de « sobriété », par le GIEC en 2022, au centre des enjeux de lutte contre le réchauffement climatique.
Le rapport des inspections des finances, de la culture et du développement durable « Contribution et régulation de la publicité pour une consommation plus durable » (lire notre décryptage du « rapport SGPE » sur la régulation de la publicité (lien externe)) , publié en septembre 2025, a fortement contribué à faire progresser le consensus au sein des institutions sur la nécessité de réguler la publicité.
Si des obstacles subsistent, notamment liés au droit européen et au secteur de la publicité en ligne, selon Louise Siwertz, il est désormais acté que la publicité, dans sa forme actuelle, n'est pas compatible avec les objectifs de transformation écologique. Le sujet est bel et bien à l'agenda, et la France tient bon au sein de la Commission européenne. Mais les décisions restent freinées par l'absence de visibilité sur les dépenses publicitaires.
Parmi les obstacles à la régulation de la publicité, la question du financement des médias par la publicité, bien que largement inexplorée, semble jouer un rôle central : c'est donc sur celle-ci qu'il faut se concentrer selon Renaud Fossard qui en a fait l'objet d'une partie dédiée dans son ouvrage.
Pour contrer les propositions de législation qui viseraient à réduire ou supprimer les publicités pour des produits particulièrement néfastes, deux arguments sont régulièrement avancés : une telle mesure entraînerait une baisse significative des recettes publicitaires des médias, déjà fuyantes vers les GAFAM, ce qui fragiliserait ces derniers et, par ricochet, menacerait le pluralisme de l'information. In fine, la démocratie serait en péril selon les mots des organes de défense des intérêts publicitaires.
Sur la question des recettes des médias, la réalité du marché publicitaire telle qu'analysée par Renaud Fossard ou éprouvée de manière empirique par Vincent Touboul Flachaire nuance fortement ce raisonnement. Selon ce dernier, les annonceurs priorisent aujourd'hui lourdement leurs dépenses vers la publicité en ligne sur les grandes plateformes, au détriment de l'achat d'espace dans les médias "traditionnels". Dès lors, malgré leurs discours autour de la « brand safety », ce sont d'abord les marques qui font le choix ne plus financer les éditeurs de presse et le journalisme. Renaud souligne pour sa part que les dépenses des annonceurs, actuellement dirigées sur des produits qui deviendraient interdits de publicité, seraient en grande partie reportées sur d'autres produits, moins polluants. Il soutient ainsi que les discours alarmistes sur l'effondrement des recettes des médias ne peuvent en attribuer la responsabilité à la régulation de la publicité.
Quant aux enjeux de pluralisme, les intervenants convergent manifestement vers le diagnostic développé dans l'ouvrage. Les logiques économiques liées aux financements publicitaires pèsent déjà sur les pratiques journalistiques, spécifiquement en raison des chantages au retrait de financements publicitaires qu'exercent certains grands annonceurs suite à des articles pouvant nuire à leurs intérêts. Cela favorise ensuite des formes d'autocensure et le traitement de certains sujets au détriment d'autres… Plusieurs types d'enjeux ont été abordés (infobésité, désinformation) pour soutenir qu'en réalité, les financements publicitaires entraînent différentes mauvaises pratiques des médias, loin de nourrir le pluralisme. Les blocages politiques sur la régulation de la publicité, qui seraient liés à la crainte de nuire au pluralisme des médias, ne seraient donc pas justifiés (d'autant plus que, comme souligné par l'un des intervenants, un pouvoir public réellement attaché au pluralisme aurait commencé par lutter contre la concentration des médias). La vraie question est donc celle des moyens pour, tout à la fois, réguler la publicité et soutenir l'indépendance et le pluralisme dans les médias.
Face à ces enjeux, des leviers d'action existent (voir les recommandations de CODE mentionnées ci-dessus) et font l'objet d'un consensus croissant entre acteurs associatifs, certains acteurs privés et plusieurs acteurs publics.
Une piste sérieuse pour répondre autant aux problématiques de régulation de la publicité qu'au soutien au pluralisme des médias semble être celle de la taxation de la publicité. Au-delà de son objectif premier de modération de la pression commerciale, la taxe à hauteur de 8 % telle que recommandée par CODE générerait environ 1,6 milliard d'euros de recettes annuelles, un montant colossal pouvant être redistribué en faveur du soutien à l'indépendance des médias et pour le financement de campagnes d'intérêt général. Selon Renaud Fossard, « la logique de prélèvement sur la publicité pour redistribuer vers d'autres types d'acteurs de l'information et de la communication est déjà recommandée dans plusieurs rapports institutionnels - le Conseil économique et social, l'ADEME et le SGPE en font également mention. Il s'agit maintenant de volonté politique et de pression citoyenne pour passer à l'échelle. »
Un autre enjeu évoqué dans les débats, complémentaire, est celui de la transparence. Selon Louise Siwertz, rendre obligatoire la publication des investissements publicitaires des grands annonceurs, en particulier sur certains produits sensibles, permettrait de disposer des données nécessaires au pilotage d'une stratégie de régulation cohérente et efficace, une condition aujourd'hui absente et pourtant nécessaire.
Enfin, la mobilisation de la société civile constitue un moteur indispensable. L'Observatoire citoyen de la publicité, dédié à la collecte et l'analyses des signalements, par les citoyennes et citoyens, des messages publicitaires comportant des mauvaises pratiques, en offre un exemple concret et opérationnel.
À l'image de la publication d'un ouvrage entièrement dédié à la question de la régulation de la publicité, cette table-ronde aura confirmé que sur cet enjeu, le débat public et politique a récemment franchi un seuil décisif. La nécessité de renforcer la régulation de la publicité n'est plus contestable et la question n'est plus un sujet de niche, mais un enjeu inscrit à l'agenda politique français et européen. Le consensus sur le diagnostic est acquis et les principaux leviers de régulation semblent en voie de s'imposer.
Ce qu'il reste à construire, c'est la volonté politique de les activer. C'est précisément là que la pression citoyenne a un rôle à jouer.
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Cet ouvrage met à disposition d'un public large le résultat de nos travaux et lui offre des clés de compréhension dans les débats politiques en cours sur la régulation de la publicité.
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