Depuis que le secteur de la publicité s'est saisi des enjeux de la transition écologique et la communication responsable, les thématiques d'engagement ont évolué. D'abord centrées sur l'éco-conception des supports, les initiatives se sont ensuite tournées vers la lutte contre le greenwashing (un bel échec, comme l'illustre l'avis de l'ADEME sur la publicité !). L'agence Publicis France est même allée jusqu'à déployer une intelligence artificielle destinée à auto-évaluer les messages de ses campagnes, révélant en creux l'incapacité des agences à faire monter en compétence leurs équipes (humaines). Puis l'évaluation de l'empreinte carbone des campagnes de publicité est devenue la nouvelle préoccupation avec des calculettes carbone, développées par les grandes agences et des cabinets RSE.
Et depuis quelques années, un nouveau terrain d'exploration s'impose : les « nouveaux récits1 », autrement dit des narrations véhiculant des valeurs respectueuses du vivant et de l'humain censées contribuer à modifier les représentations et perceptions du monde pour inciter à des comportements plus responsables. Partout, les appels à s'emparer des « imaginaires » pour contribuer à la transition écologique se multiplient. Il s'agirait d'influencer les représentations sociales, les désirs, et les normes collectives, de nous aider à nous projeter dans un futur « désirable », où nos modes de vie seraient adaptés aux limites planétaires.
Ainsi, pour les professionnelles et professionnels de la communication, leur rôle ne serait plus seulement de vendre des produits, services, territoires, etc., mais d'accompagner dans la création de récits porteurs de sens, de proposer un futur soutenable et désirable. Guides sur les représentations des modes de vie (Entreprises pour l'environnement) ou les comportements éco-responsables (Union des marques UDM), prix dédiés (prix REPRESENTe pour l'UDM, trophées Nymphéas de la communication à impact positif pour la filière Communication), pôle Transitions et nouveaux imaginaires (APACOM), parcours Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) Nouveaux imaginaires... tout le secteur se met en ordre de marche, y compris avec le soutien de l'Ademe.
« La création peut changer le monde. Via la création, tu peux rendre émotionnel du rationnel. L'autre enjeu de notre métier,c'est d'accompagner les transformations de la société. Parce que la création, ça façonne des imaginaires. » - Bertille Toledano, Présidente de BETC (Stratégies, 31 janvier 2020 (lien externe) (lien externe))
Il faut dire que depuis des décennies la publicité vend des rêves, des valeurs et des modèles de vie incompatibles avec la trajectoire écologique et sociale vers laquelle nous devons aller : elle créé des désirs sans fin, génère de la frustration voire du mal-être (si on ne peut pas consommer), et renforce des modèles de réussite matérielle au détriment des liens sociaux, la solidarité, le soin, ou d'autres valeurs humaines.
Avec les nouveaux imaginaires, la publicité serait-elle en mesure de changer de camp en devenant un allié de la transition écologique ?
1 Valérie Zoydo, auteure et réalisatrice de films engagés, co-fondatrice du collectif de scénaristes Atmosphères, définit un « nouveau récit » comme un récit qui décrypte les enjeux majeurs de l'époque tout en épousant les codes du storytelling.