Sans surprise, le diagnostic concernant les enjeux des contenus publicitaires, et notamment des outils de régulation, démarre et se concentre sur celle de la lutte contre le greenwashing. Comment faire autrement alors que la question de l'incitation à la surconsommation a jusqu'à présent été largement ignorée et qu'il n'existe presque aucun outil de régulation sur le sujet. Soulignons que l'ADEME a néanmoins décidé de consacrer spécifiquement à ce sujet sa dernière préconisation.
« Une proportion non négligeable [des allégations environnementales] sont trompeuses ». Le rappel est particulièrement précieux lorsqu'il émane de l'agence de l'environnement qui produit avec l'organe d'autorégulation des contenus - l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité ou ARPP - le rapport annuel « Publicité et environnement ».
Les limites de l'ARPP sont exposées de manière concise : elle est « juge et partie », son contrôle obligatoire avant diffusion est trop limité (à la diffusion télévisée et audiovisuelle) et celui après diffusion, dépourvu de sanction, est non contraignant. Et la gouvernance manque de paritarisme alors que « plus aucune ONG environnementale ne siège depuis 2020 [dans l'organe de dialogue avec les parties prenantes]».
Les limites du cadre réglementaire pour lutter contre le greeenwashing sont exposées de manière plus détaillée. On retiendra surtout que l'outil central des pratiques commerciales trompeuses (PCT) constitue un recours à l'efficacité aujourd'hui limitée, qu'il s'agisse de son utilisation par Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF)6 ou bien des saisines de la justice par les associations de consommateurs ou de défense de l'environnement pour lesquelles l'avis souligne la difficulté à obtenir des condamnations.
La récente condamnation au civil du géant pétrolier Total Energies pour ses allégations relatives à la neutralité carbone ne semble pas devoir modifier substantiellement ce diagnostic : « le cadre juridique actuel ne semble pas toujours adapté pour permettre aux autorités et juridictions de qualifier aisément au titre des PCT des engagements environnementaux formulés par des entreprises ».
6. La DGCCRF dispose de pouvoirs très limités pour appliquer des sanctions en cas de tromperie, puisqu'elle dépend de la justice pour donner des suites pénales et appliquer les sanctions financières significatives qu'elles permettent. Elle peut privilégier les « transactions pénales » qui limitent dès lors l'importance des sanctions (et nécessite aussi l'autorisation du parquet). A noter qu'au-delà de l'outil de la tromperie, certaines allégations spécifiques comme « neutre en carbone » sont appréhendées par le Ministère de l'environnement qui peut seulement dresser des amendes administratives d'un montant maximum de 100 000€.